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 Algua Lullaby - La berceuse de l'algue

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Boréalis
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Date d'inscription : 23/09/2013

MessageSujet: Algua Lullaby - La berceuse de l'algue   Mer 25 Sep - 22:46



Petite peste paysanne ! Persifleurs et salopes aux préceptes dépassés s'étaient provoqués devant la porte d'une propriété poussiéreuse et vétuste. Une paire de claques sur chaque joue. Larmes de feu et regard terni. Lutte des classes. Rébellion des inavoués vaincus. C'est ainsi que tout débuta.

La ville avait ses manifestations, ses guerres civiles, ses coins mal famés, ses politiciens grip'sous et des crèves la dalle pleins les rues. Crise économique, chômage. L'épidémie de pauvreté avait frappé jusqu'à pousser les plus malchanceux à semer la discorde à coup de bombes artisanales. Métro, résidences de haut standing, tout ce qui représentait de près ou de loin les hautes sphères richissimes qui se remplissaient la panse sans compter; jusqu'au mardi noir où ils manquèrent de faire sauter la Parliament House.

La campagne, quant à elle, désunissait ceux qui autrefois cultivaient la terre, élevaient des bestiaux. Outre l'exode rural intempestif, le gagne-pain des bouseux était trop misérable pour beaucoup. Bien des décrets n'y changèrent absolument rien.

Jack Hornell avait méticuleusement réalisé nombre de statistiques pour s'apercevoir que ces crises étaient cycliques. Non, qu'elles disparaissaient sous des promesses jamais tenues mais bien parce que la fatalité l'emportait sur le reste. Les gens faisant contre mauvaise fortune bon cœur avant un nouveau sursaut. En étaient témoins les rabougris de la vieille école qui avaient connu le krach boursier de 1929. A titre d'exemple bien sûr, et sans être historien, il y alla de son monologue à propos de la Grande Guerre de 14-18 qui n'avait pas empêché ce sinistre évènement. Bien sûr, quand tout allait mal, une bonne guerre réglait tout. L'économie redémarrait sur les chapeaux de roue puisque fallait reconstruire ! Force était de constater que cela était inexact conclut-il avant de se remettre à chiquer.

Jack Hornell était un babillard de premier ordre même lorsque la situation ne s'y prêtait pas. Le silence était pourtant présent et lourd comme un ciel menaçant de choir sur Terre. Il n'en menait pas large, malgré tout, face à l'obscurantisme qui avait saisi les uns à cracher sur les autres jusqu'à la fameuse mandale aller-retour qu'il s'était bien abstenu d'empêcher. Des histoires de bonnes femmes encore que tout ça, pensait-il, elles se feront la gueule pour finalement se réconcilier à leur thé-tricot hebdomadaire.

Cette fois-ci, le sexagénaire en salopette maculée de terre et à la trogne taillée à la serpe se plantait littéralement. Mal rasé, mal réveillé sans doute après une bonne murge de whisky, il n'avait pas prêté attention aux signes évidents. Ceux-là même qui, sans les verbaliser, indiquaient vraisemblablement que les choses étaient allées trop loin. Du haut de mes 1m10, cela me parut pourtant perceptible, quand bien même, je faisais semblant de jouer avec une poupée dépenaillée prénommée Sarah.

Ni elle, ni moi, ni ma mère n’avions fière allure. Ma mère, transcendée par la colère, se retint de se donner en spectacle pour me préserver. Pourtant, mon imaginaire fébrile concevait aisément la furie qu'elle pourrait être si elle se crêpait le chignon avec la truie l'ayant giflé. A défaut, elle répéta pour la cinquième fois "qu'il n'était pas là", "qu'il avait décidé de voyager, de trouver un avenir meilleur pour sa famille", "qu'elle paierait le loyer en retard d'ici la fin du mois."

On était un mois d'avril dont je serai incapable de dater l'année. Je savais au moins compter jusqu'à trois. Le nombre de loyers impayés. De cette maison, je garde le souvenir d'une fissure cisaillant le mur de ma chambre pareille à une bouche menaçant de me dévorer. De l'odeur rance provenant d'une humidité que rien ne faisait partir, pas même l'air rafraichissant du dehors; de couloirs trop étroits me paraissant gigantesques ou de pièces exigües et bordéliques dans lesquelles le papier peint se décollait par lés entiers. Je me souviens aussi de mes pantalons froissés en pagaille, débordant d'une armoire brinquebalante sans porte. Des pantalons trop courts, usés et rapiécés à outrance, dont certains ne se boutonnaient plus car les enfants ont autant la faculté de grandir que de s'élargir même s'ils restent maigrichons pour leur âge. De mes pulls distendus ou ayant rétréci au lavage... Des habits me donnant l'air d'aller à la pêche aux moules ou d'être déguisée en épouvantail à moineaux. N'était-ce pas là mon surnom à l'école d'ailleurs ?

Pourtant, cela ne m'empêchait pas de courir à travers les chemins, d'inventer des jeux et tout un monde rien qu'à moi en étant libre. Puis, j'étais la meilleure aux ricochets alors qu'importait tous les regards effarés ou honteux où que j'aille ! J'étais une Robinson ! Une aventurière ! Papa me l'avait toujours dit. On serait les futurs Robinson d'un monde meilleur. Un monde que j'espérais, sans plus vraiment l'attendre, face à la hargne dont étaient capables les adultes entre eux.

"Je vous l'ai dit. Il est parti tenter sa chance du côté de Bendigo Creek."

Chercher de l'or ?! Cela fit ricaner l'assistance mais si jamais un bon filon était trouvé et qu'ils devenaient riches, l'audace paierait. Je me doutais déjà de la jalousie que susciterait un tel retournement de situation. Seulement, maman avait menti. Papa était globetrotter dans l'âme, lui avait-il avoué, avant de prendre la tangeante. Un nouvel eldorado appelé Thêta Boréalis ou Shurrakin. Des mots sans aucun sens, de mon point de vue, mais qui sonnaient bien.

La porte finit par claquer au nez et à la barbe de tous les détracteurs réunis.


"Assez ! Assez ! Cela suffit... J'en ai assez !" Entendis-je à peine tant elle murmurait.

Me surplombant de toute sa hauteur, le regard embué d'une femme acculée, autant en détresse que désabusée, ma mère laissa le temps se suspendre suffisamment avant l’annonce fatidique :


- Tu veux vraiment rejoindre ton père ? Fais ta valise, on s'en va.


Dernière édition par Boréalis le Ven 27 Sep - 23:37, édité 6 fois
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Boréalis
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MessageSujet: gros Brouillon à corriger   Jeu 26 Sep - 22:46

La loupiotte de la cuisine, aux murs d'un bleu criard et au carrelage froid gelant mes orteils, grésillait en menaçant de s'éteindre à chaque instant. Il faisait encore très sombre à l'extérieur. La vapeur d'une eau frémissante ondulait au-dessus d'une petite casserole rouge émaillée. Encore toute ensommeillée après une bien trop courte nuit, je me préparais alors mon bol de chicorée. Mes affaires étaient empaquetées, choisies avec soin, pour ne pas avoir trop l'air d'un épouvantail sur les routes. Se fondre dans la masse avait répété maman.

Tout à coup, mon regard retomba sur Ruby. Mon coeur me mit à rétrécir dans ma poitrine. Ma plus grande confidente en ce bas monde. Un chat, écaille de tortue, aux yeux en amande d'une teinte émeraude digne des plus beaux joyaux exposés dans les livres. Ma main ne put s'empêcher de lui caresser le cou pour l'entendre ronronner. Pourtant, le chant apaisant du félin n'eut pas sur moi l'effet escompté tant je pleurais à gros bouillon. A l'idée de l'abandonner ici, sans moi, je me sentais toute morcelée de l'intérieur. Comment pouvait-on supporter de se séparer de ceux qu'on aimait ? Papa n'avait-il pas fait la même chose sans ne plus jamais donner de nouvelles ?

J'eus beau pleuré, trépigné, me cacher dans les recoins de la maison, rien n'y fit. Maman ne voulait pas l'emmener.


- Elle ne sera pas à sa place là où on va. Ici, elle peut chasser les souris et faire sa vie de chat.

J'hurlais encore. Non, non et non ! Je ne voulais rien entendre. Qu'avaient donc tous ces adultes à vouloir me rendre malheureuse ? Pourquoi fallait-il qu'ils dictent toutes les règles ?
Pourquoi ?

La fissure ornant le mur de ma chambre semblait s'être greffée à mon âme.

La nécessité que quelqu'un prenne soin de Ruby ne devait souffrir aucune objection. Aussi fuguais-je avec elle. Pas longtemps, pas bien loin. Pieds nus, le chat entre les bras, je longeais la grande route vers une maison où je savais qu'elle pourrait être accueillie et choyée.

Si Jack Hornell était un vieux briscard babillard avec ses idées préconçues sur tous les sujets possibles, il y a bien une chose qu'il aimait par-dessus tout après sa défunte épouse et son fils parti depuis un bail : les chats.

Sans timidité aucune, ma petite menotte toqua contre la porte d'une maison en brique. Non que le sexagénaire pouvait être effrayant parfois quand il courait à travers champs avec son fusil au poing, pour disait-il, chasser les youpins venus chaparder les fruits de son verger à proximité;  mais j'étais bien décidée à conclure un pacte avec lui. Lui qui dormait peu, en attestait la lueur filtrant au travers des fenêtres.

La porte s'ouvrit lentement avant que n'apparaisse sa silhouette. Me tenant sur le seuil, je levais enfin mon visage ruisselant de larmes, avec en son centre, un nez plein de morve. Faut dire que les bras chargés, j'en avais oublié d'être présentable. Un long silence avant que ma voix chevrotante bafouille des excuses pour le déranger si tôt; enfin pour exposer la situation.

Celle affligeante d'un père parti chercher une utopie, d'une mère impuissante ne parvenant plus à régler la moindre facture et d'une gamine qui, tiraillée entre les deux, ne voulait pas abandonner sa Ruby.
Rien que la vérité, toute la vérité. Uniquement celle qui sort de la bouche des enfants.

La mine chagrinée, il se décidait enfin à me faire entrer. Je ne me souviens plus exactement de la teneur de ses propos, si ce n'est qu'il était plus silencieux qu'à son habitude, en m'observant avec tristesse.


- Là où ta mère veut aller, c'est où mon fils a décrété vouloir faire sa vie. On n'en revient pas. Des idioties que tout ça ! Comme si on pouvait jouer les capitaines Némo et recréer l'Atlantide en vivant sous l'eau !

Il se resservit une rasade de whisky tandis que je sirotais le meilleurs chocolat chaud que je n'avais goûté de ma vie. Doux et sirupeux à la fois. Les larmes s'étaient estompées malgré encore quelques hoquètements.

- Absurde... Si ta mère faisait moins la fière, je vous aurais hébergé ici. Je l'aurais aidé à trouver un job dans les villes d'à-côté... Mais non... Ces bonnes femmes... N'en font qu'à leurs têtes !

Et le pacte fut conclu. Il prendrait soin du chat jusqu'à la fin. Je le crus. Je crois d'ailleurs qu'il a dû passer des années à m'attendre, jusqu'à sa mort. En effet, j'avais promis de revenir dès que je pourrais. Avec, cette fois-ci, maman et papa. On n'aurait plus de retard sur les loyers. On serait heureux et je pourrais récupérer mon joyau, ma ruby. Il y a certaines promesses qu'on ne peut hélas tenir mais il fit semblant d'être convaincu pour ne pas me peiner plus.

Une dernière caresse, un dernier baiser sur la tête ovale du félin dont le regard émeraude me suivit jusqu'à la sortie. Je pleurais toujours, oui, mais n'étais-je pas rassurée et soulagée ?

C'est dans la vieille jeep qui me ramenait à la maison que je fis mes adieux au vieux briscard tandis qu'il conduisait lentement. Il se gara enfin en lâchant un soupir lourd de sens. Le bruit du moteur fit sortir ma mère.

Pour une raison que j'ignore, il tint à s'entretenir avec elle. Il lui chuchota alors quelque chose avant de lui tendre une épaisse enveloppe kraft. "Mais je ne peux pas accepter".


- Vous en aurez plus besoin que moi. Bon sang, pensez à votre gamine ! Voyez la réalité en face, vous n'irez pas bien loin sinon...

Enfin, il insista pour qu'elle prenne les clefs du véhicule dont le plein avait été fait la veille.

- Promettez-moi juste de me donner des nouvelles de mon fils, et de revenir, si ce n'est avec lui mais de revenir. C'est pas un endroit pour les honnêtes gens...

C'est ainsi que nos maigres paquetages furent chargés avant que la jeep ne démarre. A travers la vitre défilaient tous les décors de mon enfance, de ceux qui vous laissent une empreinte pleine de souvenir sépia, comme si j'y laissais alors une part de moi-même, de mon innocence. Poutant, je n'avais que cinq ans.
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MessageSujet: A CORRIGER AUSSI   Dim 29 Sep - 18:04

Katryn s'était mariée fort jeune avec un homme qu'elle croyait aimer. Aimer dans le sens large du terme, au-dela du passé et du présent, à vouloir finir ses jours avec. Des rêves communs, des passions à partager. Il lui offrait un univers d'indépendance et de liberté, loin d'une famille n'ayant eu de cesse de reposer tous ses espoir sur elle; telle une digne représentante du clan prompte à coloniser la ville de son ambition. Unanimement, la déception s'était lue sur tous les visages lorsque le mariage fut annoncé. Fuir le joug de parents aux décisions trop strictes pour s'installer avec un bohémien illusioniste capable de vous convaincre qu'il savait transformer le plomb en or. Un esprit rêveur et vagabond qui le rattrappa bien vite quand la chance tourna. Ne s'était-il pas essayé à différents métiers ? N'avait-il pas promis monts et merveilles ?

Elle avait longtemps ignoré les évidences, loin de s'en faire, tant qu'il y avait un toit pour dormir et de quoi manger sur la table. La voûte céleste lui aurait d'ailleurs suffit s'il n'y avait eu sa grossesse et la venue d'une enfant que le destin avait mis sur leur route. On dit que l'amour ne dure que trois ans. Ce fut très exactement cela à quelques nuances près. Après la fulgurance d'une passion incendiaire, après les moments de liesse à esquisser un avenir idyllique, les cris remplacèrent les mots tendres chuchotés à l'oreille. Enfin, les coups faillirent supplanter les gestes affectueux. Par remord, par regret, par rancune. Surtout par désillusion et un retour cru aux réalités des choses lié à une incompréhension soudaine. Kateryn voulait la sécurité, un emploi stable, un joli appartement à Brisbane, les meilleures écoles pour sa fille.  Lui voulait un ranch un jour, prendre une cariole et arpenter le pays le lendemain. L'alchimie avait cessé d'opérer.

Samuel était un homme que tout différenciait des autres. Charmant utopiste, fier de son caractère que rien ne pouvait brider, versatile... Il s'était rêvé astronaute, magicien, archéologue et aventurier étant gosse. Pour lui, la famille formait certes une unité, mais rien ne prédisposait à rester sur place des éons alors que le monde était si grand, si magnifique et qu'on n'avait qu'une vie pour en profiter. Il avait voyagé des années avant de rencontrer celle qui devint son épouse; tombant sous le charme de ses traits, de son regard émerveillé malgré une personnalité douce et timide qui osait si peu. Il avait subit le revers de la médaille. D'emplois précaires en emplois précaires selon les saisons et le bien vouloir des employeurs. Il n'était pas homme à se laisser abattre. Bien au contraire. Son rêve inavoué qu'il transformait chaque jour comme pour tenter de rassurer les siens, était de s'acheter un voilier pour faire le tour du monde car l'horizon ne s'arrêtait pas là où se posait le regard. Avec quelles économies ? Pauvre fou !

Les cris et, ce qu'il pensait du désamour, le poussèrent à faire profil bas. Sentiment d'échec. Un jour, il partit soudainement comme il était venu pour éviter de sombrer dans l'alcool ou que la situation ne prenne des proportions dramatiques; délaissant femme et enfant. Il était un globetrotter du nouveau monde. C'est ce qu'il avait dit à Kateryn.

Kateryn qui retrouva un mot sur le buffet de l'entrée. Il lui rendait sa liberté et n'aurait de cesse de l'aimer. Un mot lui laissant le choix de décider de son avenir. Le rejoindre, ou bien, de reconstruire sa vie comme elle le désirait à Brisbane. Dans tous les cas, il les attendrait peu importe le nombre d'années. Shurrakin ou la capitale du Queensland ?

Elle patienta trois mois avant le coup de semonce, espérant qu'il revienne et qu'elle pourrait, cette fois-ci, le raisonner pour leurs biens. Bien-sûr, elle pleura souvent, discrète, au fond de ses draps pour que nul n'en sache rien. Elle mentit aussi, beaucoup. Tant aux voisins qu'à sa famille. Ne l'aimait-elle pas encore malgré tout ? Sept années ne pouvaient s'estomper ni s'oublier d'un claquement de doigt. Elle se sentait incapable de repartir à zéro; ce qui reviendrait à donner raisons à ceux qui tentèrent de la dissuader de s'unir à Samuel. Ce qui reviendrait à s'avouer vaincue face à la fuite en avant de ce dernier. Trop facile. Or, Kateryn n'avait jamais ni supporté, ni cédé à la facilité. Elle s'en voudrait si elle ne tentait pas, une ultime fois, de reconsolider cette unité familiale qui leur tenait à coeur.

A gauche ou à droite ? Continuer tout droit...
Elles feraient leurs adieux à tous. Ne parait-il pas qu'on ne revient jamais de là-bas ?


La jeep s'enfonça sur les routes. Roulant miles après miles, dévoilant autant de paysages bucoliques que de petits villages perdus où vivent une poignée d'âmes. Des cartes postales que j'immortalisais dans ma mémoire de mioche en les auréolant d'une magie somme toute enfantine. N'existaient-il pas des fées ou des elfes dans ces forêts éloignées aux teintes vives comme si un aquarelliste, mue d'une soudaine inspiration, avait décidé d'abuser de l'acrylique ?

Le véhicule prit la route intérieure. Nous ne croisions pas grand monde hormis des cadavres d'animaux et des trains road que ma mère laissait passer en se mettant sur le côté.

Le croassement lointain des grenouilles se mêlait aux trilles des oiseaux sans pour autant s'harmoniser avec la radio crachotant de vieux tubes. Ma mère tourna les boutons, cherchant la fréquence qui lui fournirait la météo du jour. C'était encore la saison des pluies souvent torentielles. Le goudron humide bordé par des bandes de terre meuble et boueuse ne laissait plâner aucun doute sur la vigilance dont elle devrait faire preuve. Une légère averse matinale vint confirmer ses intentions.

Le mouvement régulier des essuies-glace suffit à m'hypnotiser jusqu'à ce que le sommeil me gagne. Emmitouflée dans une légère couverture, ma poupée de chiffon entre les bras, je me laissais bercer jusqu'à sombrer aux frontières de deux mondes distincts. Celui, cruel de la réalité et l'autre, plus doux, des songes éphèmères.

Bien sûr, j'étais une fillette à l'imagination très développée où un rien devenait merveilleux malgré les fréquents rappels à l'ordre des adultes. Piquée d'une curiosité sans faille, j'ouvrais tous les livres à ma portée pour nourrir mon esprit fébrile. Je devais bien avoir un ou deux amis imaginaires pour les moments de solitude.

Aux abonnés absents présentement tant il devenait difficile de me concentrer pour laisser s'égarer mon esprit. Quelque chose s'était brisé alors que ma mère m'avait ôté à mes certitudes. Arrachée à ce que je croyais être mes racines.

Devais-je lui en vouloir ?
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